Formation CSE à Reims : les vendanges 2026 placent les élus en première ligne

Le 12 août 2026, le Comité Champagne a publié les dates d'ouverture des vendanges avec trois jours d'avance, tant la maturation du raisin s'est accélérée ; la récolte avait déjà commencé le 6 août dans le secteur de Montgueux, dixième vendange d'août de l'histoire de l'appellation. Pour les maisons et coopératives de Reims, cette précocité se conjugue à un cinquième épisode de chaleur intense, de 35 à 40 °C, et à l'arrivée d'environ 100 000 saisonniers. Le comité social et économique fait face, en quelques jours, à un effectif qui double et à des conditions de travail imprévues.

Une campagne 2026 hors norme, et ce qu'elle change pour les entreprises

Les chiffres publiés cet été dessinent une campagne atypique, et chaque indicateur se traduit directement en organisation du travail.

Une maturation d'une rapidité jamais observée

Le 3 août, le raisin titrait déjà 8,2 % vol. d'alcool potentiel, un rythme et une précocité jamais rencontrés selon le Comité Champagne. Cette accélération a comprimé le temps de préparation : les entreprises ont perdu près de deux semaines de marge pour recruter, loger et former leurs équipes. Le poids moyen des grappes s'établissait par ailleurs à 66 grammes au 28 juillet, environ 30 % de moins que l'an passé et le chiffre le plus bas depuis vingt ans, et le rendement commercialisable a été fixé à 8 800 kilogrammes par hectare, en repli de 2 %.

Un effectif qui double en quelques jours

Environ 100 000 saisonniers sont attendus sur l'ensemble du territoire champenois. Dans une maison de trois cents permanents, cela représente plusieurs centaines de contrats courts signés en une semaine. Cet afflux modifie mécaniquement les conditions de travail de tous, y compris des permanents qui encadrent et absorbent la charge supplémentaire : c'est à ce titre que le comité est fondé à s'en saisir, comme le précise ce que le Code du travail impose en matière de santé et de sécurité.

La chaleur, premier risque de la campagne à Reims

Le pic de récolte coïncidant avec un cinquième épisode caniculaire, le risque thermique passe en tête des préoccupations.

Un cadre réglementaire précis depuis juillet 2025

Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, applicable depuis le 1er juillet 2025, impose d'intégrer la chaleur intense au document unique d'évaluation des risques professionnels, de mettre à disposition une quantité suffisante d'eau fraîche près des postes — avec un minimum de trois litres par jour et par travailleur en l'absence d'eau courante — et d'adapter l'organisation et les horaires. Le déclenchement suit les niveaux de vigilance de Météo-France : avec 35 à 40 °C annoncés au cœur de la récolte, le seuil a été franchi dès l'ouverture du ban.

Des postes très inégalement exposés

Sur les coteaux de la Montagne de Reims, l'exposition plein sud et l'absence d'ombre rendent le milieu de journée particulièrement pénible. En cuverie, la chaleur dégagée par les fermentations s'ajoute à celle de l'air ambiant ; sur les lignes de conditionnement, ce sont l'humidité et la cadence qui pèsent. Un comité efficace ne traite pas ces situations d'un seul bloc : il les hiérarchise poste par poste, relevés à l'appui, ce qui suppose une réunion préparée sur piècesplutôt qu'un débat général sur la canicule.

Un plan collectif dont les élus peuvent se saisir

Le plan d'action « Ensemble pour les vendanges en Champagne », reconduit cette année, fixe un cadre commun sur les conditions de travail.

Un cadre commun à la profession et aux services de l'État

Le dispositif associe vignerons, grandes maisons et services de l'État autour de deux sujets critiques : les fortes chaleurs et les difficultés de recrutement. Il a été présenté à la mi-juillet, en amont d'une récolte dont personne ne mesurait encore la précocité. Ce cadre est une ressource pour les élus : il légitime les demandes formulées en réunion et fournit des références extérieures à l'entreprise.

Une vigilance renforcée sur l'hébergement

Les conditions d'hébergement des saisonniers font l'objet d'une surveillance particulière depuis les fermetures administratives prononcées par la préfecture de la Marne lors de campagnes précédentes, notamment à Damery ; ces contrôles portent sur la salubrité, la sécurité incendie et la capacité d'accueil. Lorsque l'hébergement est fourni par l'entreprise, il entre dans le champ des conditions de travail et le comité peut demander à en être informé. Le partage des rôles avec la commission spécialisée détermine qui instruit le sujet dans les structures d'au moins trois cents salariés.

Les cinq contrôles à mener pendant la campagne

Le temps manque pendant la récolte : mieux vaut concentrer l'action des élus sur quelques vérifications décisives.

Accueil, eau, horaires, transport et remontées de terrain

Le premier contrôle porte sur l'accueil sécurité des nouveaux arrivants : une personne recrutée la veille, qui ne connaît ni les lieux ni les machines, cumule les facteurs d'accident. Le deuxième vérifie la disponibilité effective de l'eau fraîche sur les parcelles comme en atelier, le troisième l'adaptation des horaires aux heures les plus chaudes. Le quatrième porte sur les trajets, souvent négligés alors qu'ils concentrent une part importante des accidents. Le cinquième consiste à organiser une remontée quotidienne des signalements par un canal unique.

Consigner, toujours

Chaque constat doit être écrit, daté, situé et transmis : une observation orale disparaît, une note consignée au registre alimente le bilan de campagne et, le cas échéant, la défense du comité. Cette discipline s'acquiert en formation : elle figure au programme du socle de formation exigé en 2026, qui consacre une part importante à la conduite d'inspection et à la méthode d'enquête.

Préparer la campagne 2027 dès l'automne

La précocité de 2026 rend illusoire une préparation entamée au printemps : le bon moment est celui où la récolte s'achève.

Un bilan de campagne à inscrire à l'ordre du jour d'octobre

Le comité gagne à demander un point spécifique dès la première réunion suivant la fin de la récolte : nombre de saisonniers accueillis, accidents et presque-accidents, journées travaillées en vigilance chaleur, incidents d'hébergement, difficultés d'encadrement signalées par les permanents. Ce bilan écrit devient la base des demandes de l'hiver et de la mise à jour du document unique ; un accompagnement au dialogue social peut être utile la première année, le temps que le comité installe sa méthode.

Un calendrier de formation à arrêter avant l'hiver

La demande d'absence se dépose au moins trente jours avant la session : viser février suppose de trancher en décembre. Depuis la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique, applicable au 28 mai 2026, l'agrément préfectoral des organismes a disparu au profit d'une simple déclaration d'activité, et il revient au comité de choisir un organisme dont on connaît le formateur. Les formations obligatoires des élus du personnel gagnent à être programmées hors saison, et nos sessions animées en présentiel dans le secteur réunissent titulaires et suppléants sur une même semaine.

Sécuriser une campagne de vendanges en tant qu'élu du CSE

  • Étape 1 : Avant l'ouverture du ban, demandez le nombre de saisonniers attendus, les postes concernés et le contenu de l'accueil sécurité prévu.
  • Étape 2 : Vérifiez que le risque de chaleur intense figure au document unique et que les mesures associées y sont décrites poste par poste.
  • Étape 3 : Contrôlez sur le terrain la disponibilité réelle d'eau fraîche, l'existence de zones d'ombre et l'adaptation des horaires aux heures les plus chaudes.
  • Étape 4 : Inspectez les conditions d'hébergement fournies par l'entreprise : salubrité, sécurité incendie et capacité d'accueil réelle.
  • Étape 5 : Organisez une remontée quotidienne des signalements par un canal unique et consignez chaque constat par écrit, avec date, heure et poste.
  • Étape 6 : À la fin de la récolte, rédigez un bilan chiffré et inscrivez-le à l'ordre du jour de la première réunion d'octobre.

Conclusion

Une vendange ouverte le 6 août, des grappes 30 % plus légères, 100 000 saisonniers et 40 °C au thermomètre : la campagne 2026 aura concentré en trois semaines tout ce qui rend le travail difficile à sécuriser. Les comités qui en tireront un bilan écrit dès octobre entreront dans l'hiver avec des demandes documentées, quand les autres redécouvriront les mêmes difficultés l'été suivant. La précocité climatique devient une donnée de gestion, et les élus formés sont ceux qui l'anticipent.

Questions fréquentes (FAQ)

Le CSE est-il compétent sur les conditions de travail des saisonniers ?
Oui, dès lors que ces salariés travaillent dans l'entreprise. Le comité est compétent sur les conditions de travail de toutes les personnes présentes sur les sites, quel que soit leur contrat, et peut mener des inspections, consigner ses constats et demander des mesures correctives pendant la récolte.
Quelles obligations s'imposent à l'employeur en cas de forte chaleur pendant les vendanges à Reims ?
Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, applicable depuis le 1er juillet 2025, impose d'intégrer ce risque au document unique, de fournir une quantité suffisante d'eau fraîche près des postes — trois litres par jour et par travailleur en l'absence d'eau courante —, d'adapter l'organisation et les horaires et d'informer les salariés.
Quand faut-il demander une formation pour les élus du comité ?
La demande d'absence doit être adressée à l'employeur au moins trente jours avant la session. En pratique, former ses élus en février suppose d'arrêter le choix de l'organisme et le budget dès décembre, hors période de récolte.
Qui prend en charge le coût de la formation santé, sécurité et conditions de travail ?
L'employeur la finance intégralement, frais annexes compris. Elle dure au minimum cinq jours pour un premier mandat et trois jours en cas de renouvellement, portée à cinq jours pour les membres de la commission dans les entreprises d'au moins trois cents salariés.

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